Le Championship Weekend à Montréal : retour sur l’organisation l’événement

29/09/2017

Par Philippe Thivierge

 

La poussière sur le Championship Week-end qui a eu lieu les 26-27 août à Montréal est maintenant retombée. Les résultats et l’analyse des matchs ont été largement documentés par Charlie Eisenhood (Ultiworld), par Evan Lepler (AUDL), par Étienne Fournier (Sur le banc) pour ne nommer que ceux-là. Au-delà des résultats, j’avais envie de faire un retour sur l’organisation de l’événement, je me suis entretenu avec Jean-Lévy Champagne, président du Royal de Montréal et un des 3 chefs du comité organisateur. Il était responsable de la partie Marketing et Promotion. Patrick Gratton était responsable du set-up du complexe, du « food and drinks » et de la logistique avec les équipes, alors qu’Audrey Ayotte était responsable de l’expérience de match, l’animation, la coordination des bénévoles et de la zone aiglons.
 
Pour ma part, j’avais participé via les média sociaux à mousser l’événement, mais au point de vue de l’organisation, j’en savais très peu. Rendu sur les lieux, je n’avais plus de rôle dans l’organisation, j’assistais au match en tant que partisan, une première pour moi à l’ultimate professionnel.
 

En remportant le championnat, les Flame Throwers de San Francisco ont empoché une bourse de 20 000$


 
Débutons par les finances, il faut comprendre que le Royal agissait comme comité organisateur, mais les dépenses et les revenus de l’événement appartenaient à l’AUDL. Au niveau des dépenses, il faut compter les frais de déplacements (3 équipes en avion; 1 équipe en autobus) et de logement des joueurs, les bourses à l’équipe gagnante (20 000$) et à la finaliste (5 000$), ainsi que du Marketing. C’est Jean-Lévy qui était responsable de dépenser l’enveloppe marketing de la façon la plus optimale possible.
 
[JLC] : On a fait distribuer des dépliants dans les quartiers autour du stade (Ahunstic et Villeray). On a produit une publicité télévision de 15 secondes et une autre de 30 secondes qui étaient diffusées lors des matchs du Royal à TVASports, mais également, la dernière semaine, dans d’autres émissions au même réseau. On a fait du marketing sur Facebook. Pour cibler les amateurs de sports québécois, on a utilisé, par exemple, les gens qui aiment la page Facebook TVA Sports. Il y avait également une mention de l’événement sur le site web du 375e anniversaire de Montréal.
 
Ça se sont les dépenses marketing, mais ce qui a fait attirer le plus de nouveaux fans c’est ce qu’on appelle le « earned media », les articles et les entrevues à notre sujet dans les journaux, les sites web et à la radio. Il y en a eu plusieurs dans la dernière semaine avant l’événement :
 

*Radio : 91.9 Sports

*Radio : 98.5 Sports

*Journal de Montréal

*Montreal Gazette

*Sur le banc (Étienne Fournier)

 
Un gros merci à Vincent Dumas de ESIMontreal qui nous a aidés à obtenir certaines de ces entrevues, ESIMontréal a aussi fait un topo sur sa page FB le samedi.
 
[PT] Donc l’AUDL assumait les dépenses, mais empochait également les revenus de l’événement, peux –tu détailler?
 
[JLC] La vente de billets bien sûr. Pour les gens qui avaient achetés un combo (billets de saison + Championship Weekend), le revenu était clairement séparé entre le Royal pour la saison et l’AUDL pour le Championship Week-end. Il y a aussi un partage des profits entre les concessions sur place (La Cage, Broken 7 et McKeown) et l’AUDL. Il ne faut pas non plus oublier les revenus des commanditaires, la plupart étaient des commanditaires du Royal également (par exemple Mathieu Dussault Courtier Immobilier avait un prix pour afficher pendant la saison et un prix pour le Championship Weekend, ce dernier était empoché par l’AUDL).
 
[PT] On a pu voir sur les réseaux sociaux une photo de Jimmy Mickle, joueur vedette des Roughnecks de Dallas, dans un resto ou un bar jeudi soir. Il y a plusieurs joueurs qui sont arrivés d’avance?
 
[JLC] Il faut dire que Jimmy est un autre de ces joueurs-actionnaires, lui qui est actionnaire minoritaire à Dallas. La plupart des joueurs sont arrivés vendredi, mais lui et 5 ou 6 autres propriétaires sont arrivés jeudi et nous sommes allés manger avec eux au Blind Pig dans Hochelaga-Maisoneuve. Jim Gerencer, actionaire majoritaire à Dallas et minoritaire à Philadelphie, est venu nous rejoindre avec le trophée. Avec la grosseur du trophée, il n’a pas passé inaperçu sur la rue Ontario, quelques passants l’ont abordé et ont voulu prendre des selfies avec le trophée, c’était assez comique. Pour en revenir à Jimmy, il est vraiment vraiment sympathique, pas compliqué du tout. Il a accepté avec plaisir de signer nos 25 casquettes du Royal qu’on a vendu rapidement.
 
[PT] Les foules ont été annoncées à 1770 pour la première demi-finale, 1940 pour la deuxième, 2100 pour la finale le dimanche. C’était la première fois que l’équipe hôte ne participait pas au Championship Weekend. L’an dernier, à Madison, ils ont eu 3300 personnes le samedi pour la demi-finale dans laquelle les Radicals de Madison étaient impliqués. Le dimanche pour la finale, alors que les Radicals n’y étaient pas, il y en avait beaucoup moins (1449 personnes). Si on utilise que le match de finale comme comparatif, c’est quand même 45% plus. Es-tu satisfait? Quel était l’objectif?
 
[JLC] Tu me connais, je suis un ambitieux et je dois avouer que j’avais osé rêver à vraiment plus. J’espérais qu’on remplisse le stade, pour que visuellement pour la vidéo, on ne voit pas de bancs vides. Ça n’a pas été le cas. Il faut dire qu’il y avait plusieurs personnes qui ont préféré regarder le match debout plutôt que dans les estrades. J’étais impressionné par le nombre de gens sur la terrasse et sur le bord de la clôture. Il y avait aussi beaucoup de personnes dans la zone aiglons.
 

On pouvait apercevoir quelques bancs libres dans les extrémités du Complexe Sportif Claude-Robillard, mais plusieurs partisans ont préféré regarder le match debout sur la terrasse


 
[PT] As-tu pu regarder les matchs un peu?
 
[JLC] Non, j’ai hâte de les revoir sur YouTube
 
[PT] C’était vraiment bon! La 2e demi-finale entre Toronto et Dallas s’inscrit dans les meilleurs matchs auxquels j’ai assisté en direct. Nous sommes choyés d’avoir pu avoir ce match à Montréal. La foule s’étant rangée derrière Toronto, l’ambiance était électrique quand le Rush est revenu de l’arrière pour l’emporter.
 
En me rendant au match, je ne savais pas comment mon cœur allait réagir et pour qui je prendrais. Au début, je me disais que pour une fois qu’on a l’occasion de voir les Gibson, Mickle, Freechild, Bennett, Froude, Peterson, en personne, il valait mieux qu’ils gagnent pour qu’on puisse les voir 2 fois. Mais la foule a choisi Toronto et j’ai fini par embarquer. Avec l’historique de rivalité sportive entre les 2 villes, étais-tu surpris que la foule prenne pour Toronto?
 
[JLC] Premièrement, l’idée d’arriver avec des chandails des Expos était géniale. Ensuite, Toronto avait été établi comme négligé et les gens préfèrent en général les négligé. Il y avait aussi une base de partisans de Toronto qui chantaient « D-Fence-D-Fence » ou « Feel-the-Rush » qui ont certainement aider à entrainer les autres.
 

Les joueurs du Rush de Toronto arboraient des chandails des Expos pour leur échauffement et pour l’hymne national, quelle bonne idée!


 
[PT] As-tu une idée combien de fans étaient de Toronto?
 
[JLC] Je dirais une centaine, mais je ne sais pas vraiment. On a organisé les logements pour les joueurs et propriétaires, on n’a pas participé à organiser le logement pour des contingents de partisans
 
[PT] Pour en revenir à pourquoi les gens se sont rangés derrière Toronto, la réalité étant ce qu’elle est dans l’AUDL, contrairement au hockey ou au soccer, les joueurs de Toronto sont tous canadiens et plusieurs d’entre eux ont déjà évolué en équipe nationale donc on a déjà « cheeré » pour eux dans d’autres contextes.
 
J’ai vu plusieurs québécois avec du gear des 4 équipes, tu as une idée comment ont été les ventes?
 
[JLC] Oui très bien les équipes étaient bien contentes. C’est Dallas qui s’est vendu en premier, avec, entre autres, des chandails de Brodie Smith qui n’a pas joué avec eux en 2017 ☺, ensuite Toronto et finalement San Francisco qui ont fait beaucoup de ventes après leur victoire.
 
[PT] Quel feedback vous avez reçu des joueurs et des propriétaires par rapport à l’organisation?
 
[JLC] Le point qui a le plus impressionné les joueurs et proprios était la foule, le nombre de gens oui, mais surtout que les gens présents connaissaient leur ultimate, ils étaient bruyants aux bons moments. Par exemple, des petites passes de la main gauche étaient remarquées. Ça a beaucoup impressionné les joueurs. Ensuite la zone aiglon et le fait que les arbitres aient un micro sont des particularités de Montréal, il n’y a pas ça dans aucune autre ville. Cela améliore beaucoup l’expérience de match. La qualité du travail des annonceurs-maison (Etienne samedi; Jérôme dimanche), bilingue en plus, a aussi été remarquée. Les joueurs ont aussi beaucoup aimé la surface en gazon naturelle et le fait qu’il n’y avait que des lignes d’ultimate sur le terrain.
 
[PT] Le gazon naturel et les lignes d’ultimate sont deux choses qui sont venues avec le déménagement au Complexe Sportif Claude-Robillard. Une saison (et un Championship Weekend) après avoir déménagé, vous êtes toujours heureux de l’avoir fait?
 
[JLC] Sans aucun doute. Le fait de pouvoir avoir sur place nos partenaires Broken 7, McKeown, Diplomatico Rhum et LaCage et de pouvoir partager les profits avec eux est essentiel pour nous. Aussi, avec La Cage, on pouvait offrir une offre de nourriture plus diversifiée et plus santé, ce qui est en ligne avec nos valeurs. Également le fait que c’est plus petit améliore de beaucoup l’ambiance, on peut même rêver à le remplir à court-moyen terme.
 
[PT] C’était ma première expérience comme partisan. Je rajouterais la terrasse aux points positifs. On peut continuer de regarder la game lorsqu’on va se chercher des trucs à manger ou à boire. Il y a des poussettes qui se promènent, c’est aussi plus convivial pour les gens qui veulent jaser en regardant le match.
 

Cette défensive de Cam Harris a fait bondir la foule au Complexe Sportif Claude-Robillard. Superbe photo de Gaétan Dussault.


 
Et y a-t-il des choses qui ont moins bien été?
 
[JLC] … *réflexion*
Au départ, tout le monde devait coucher aux résidences de l’UQAM, mais un dégât d’eau 2 mois avant l’événement nous a coupé une bonne partie de nos chambres, il a donc fallu se revirer de bord et réserver également au Travelodge Montreal Centre. Il y a aussi la carte de crédit de l’AUDL qui a été gelée au moment de payer les logements. Un montant anormalement élevé, provenant d’un lieu anormal, en dollar canadien par surcroit, il semble que l’algorithme anti-fraude de la compagnie de crédit n’a pas aimé. Les bureaux de leur compagnie de crédit étant fermés jusqu’au lundi, ça compliquait la tâche. Heureusement, après plusieurs minutes heures de négociation, les 2 hôtels ont accepté d’attendre au lundi avant de recevoir leurs fonds.
 
Une autre anecdote est celle de l’employé du Complexe qui a fait les lignes sur le terrain qui avait fait des zones de buts de 20 mètres au lieu de 20 verges. C’est JP, Chris et moi (tous propriétaires) qui étaient à 4 pattes avec de la peinture verte en canne pour effacer la ligne, 2 heures avant la première demi-finale.
 
[PT] Héhé! Ce n’est pas sans rappeler l’erreur de ligne au match de l’Impact au Stade Olympique l’automne dernier.
 
[JLC] Il y a aussi un partisan qui s’est fait voler, c’est vraiment dommage, on n’est pas habitué à devoir dealer avec ce genre de situation à l’ultimate. Un joueur de Dallas nous a aussi signalé qu’il s’était fait voler dans son sac sur le terrain, on n’y croyait pas… Finalement il a retrouvé ses choses. Fiou!
 
[PT] Avec une aussi positive note pour l’organisation, est-il possible que le Championship Weekend revienne à Montréal avant d’avoir fait le tour de la ligue, disons d’ici 5 ans?
 
[JLC] Je crois qu’il est préférable pour l’AUDL d’alterner les villes.
 

Mac Taylor a, en quelque sorte, scellé l’issu du math de la finale avec ce superbe attrapé pour le point tard au 4e quart.


 
[PT] On a su que Beau Kittredge est resté à Montréal dimanche soir alors que le reste de son équipe est rentré à San Francisco, c’est le Royal qui l’a invité?
 
[JLC] Tout juste après la partie, certains joueurs du Royal sont restés sur place à Claude-Robillard pour fêter avec les gagnants. Alors que les Flames Throwers se préparaient à partir, Beau a appelé sa compagnie d’aviation pour retarder son retour au lendemain et rester à Montréal pour la soirée. Il a passé la soirée avec Kevin Quinlan, Quentin Bonnaud, Joseph Genest et quelques autres propriétaires, ils sont sortis, mais je n’étais pas avec eux, je ne peux pas t’en dire plus.
 
[PT] Beau Kittredge n’a jamais caché son intérêt pour les femmes montréalaises (ou québécoises, peu importe). Un bon argument pour Max Guy s’il désire le convaincre de venir à Montréal. Kittredge est passé de la MLU à l’AUDL en 2014, depuis, il a remporté les 4 championnats et ce, avec 3 équipes différentes, ce n’est pas banal.
 

À 36 ans, Beau Kittredge sera-t-il de retour dans l’AUDL l’an prochain et dans quel uniforme?


 
Justement, si on se tourne vers l’an prochain, à quoi doivent s’attendre les partisans? Il y a des changements à prévoir au niveau de l’équipe sur le terrain? À part moi, des joueurs qui ont confirmés qu’ils ne reviendront pas? D’autres qui sont déjà signés pour l’an prochain?
 
[JLC] Au niveau de la sélection des joueurs, je ne m’en mêle pas, je laisse ça aux directeurs généraux et entraineurs. Je sais que les Quinlan, Bonnaud, Bonneau, Mbae Vogel ont mentionné leur intérêt à rester, le Royal est intéressé aussi, on devrait réussir à s’entendre. Il faut les aider à régler les situations de visa, donc rien de confirmé encore. Une chose que je peux te confirmer c’est que Guylaine Girard ne sera pas de retour. Quelques semaines avant la fin de la saison, elle a avisé l’équipe de direction qu’elle ne reviendrait pas en 2017 et qu’elle ne sollicitera pas un autre mandat en 2018. Elle dit qu’elle a adoré son expérience avec le Royal, mais qu’elle veut maintenant s’investir dans d’autres projets. On lui souhaite la meilleure des chances et on la remercie pour tout ce qu’elle a fait pour l’organisation les 4 dernières années.
 
On est en discussion avec Caroline Cadotte, qui a connu une excellente saison dans les circonstances, à savoir si elle reviendra et dans quel rôle, mais il n’y a rien à annoncer encore.
 
[PT] Bon, merci, on a fait le tour je pense. Merci pour cette entrevue, mais surtout merci à vous 3 (toi, Pat et Audrey) d’avoir mené à bout ce projet. Les partisans qui étaient sur place vont s’en souvenir longtemps et je suis convaincu que les retombées seront positives au niveau des médias, du nombre de joueurs au Québec ainsi que pour l’intérêt que les joueurs étrangers pourraient porter à Montréal.
 
[JLC] Avec plaisir

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